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René Arnoux : le Français au duel de Dijon, oublié derrière la légende

La Rédaction 23 avril 2026 6 min de lecture

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Quand on évoque le GP de France 1979, deux noms reviennent systématiquement : Gilles Villeneuve et René Arnoux. Les trois derniers tours sont les plus célèbres de l’histoire de la F1 : roues contre roues, aspirations, freinages tardifs, contacts. Villeneuve finit deuxième, Arnoux troisième. Pourtant, dans la mémoire collective française, c’est Jabouille qui a gagné ce jour-là — et Arnoux reste l’homme de ce duel perdu. Ce portrait lui rend ce qu’il mérite : 7 victoires, 18 pole positions, et une intensité de pilotage que la F1 a rarement revu.

Un Grenoblois chez les Italiens

Né en 1948 à Pontcharra, en Isère, René Arnoux commence la compétition sur le tard. Mécanicien de formation, il bascule à la course par l’école de pilotage de Winfield au Paul-Ricard. En 1977, il gagne le championnat d’Europe de Formule 2 sur Martini-Renault — sur le même plateau où Jabouille avait gagné l’année précédente. La filière Renault le repère. Fin 1978, il signe en F1 chez Renault Elf, en équipier de Jabouille.

Il passe cinq saisons chez Renault (1979-1982), y signe 4 victoires et 14 poles. Sa meilleure saison reste 1983, après son passage chez Ferrari : 3 victoires, vice-champion du monde derrière Piquet. Arnoux aurait pu être champion. Il ne l’a pas été — pour des raisons autant mécaniques que politiques.

Dijon 1979 : le duel qui définit un pilote

Deuxième derrière Jabouille, Arnoux bataille pendant trois tours avec la Ferrari de Gilles Villeneuve pour la deuxième place. Les deux voitures se touchent à plusieurs reprises. Les roues se chevauchent dans les lignes droites. Au freinage, c’est la course à qui restera plus tard. Villeneuve prend l’avantage, puis Arnoux, puis Villeneuve encore. Sur le dernier tour, Villeneuve enroule la corde pour sortir en trajectoire idéale — Arnoux termine à 0,24 seconde.

Ce duel est devenu l’étalon absolu du combat roues contre roues en F1. Il a été diffusé en boucle pendant des décennies, cité par Senna et Schumacher comme référence. Villeneuve en a fait une pièce de légende ; Arnoux, lui, a longtemps été considéré comme celui qui « n’a pas su garder sa position ». La vérité est plus nuancée : Villeneuve pilotait une Ferrari atmo éprouvée, Arnoux une Renault turbo au temps de réponse encore pénalisant en accélération sortie de virage.

Ferrari 1983 : le titre qui échappe

Fin 1982, Arnoux quitte Renault, agacé par la priorité donnée à Prost. Ferrari l’accueille pour remplacer Pironi, gravement blessé. Sur Ferrari 126C3, il gagne 3 courses en 1983 : Canada, Allemagne, Pays-Bas. À quatre courses de la fin, il est leader du championnat. Mais une série de casses mécaniques à Monza, au Nürburgring et à Kyalami lui coûte la couronne. Piquet la remporte à sa place, Arnoux finit 3e.

1984 marque sa dernière année au premier plan chez Ferrari. Puis en 1985, Enzo Ferrari le licencie après un GP de Brésil catastrophique, dans des circonstances jamais vraiment élucidées. Arnoux termine sa carrière chez Ligier en 1989, loin du rythme de tête, mais avec le respect de tous pour sa constance.

Un style de pilotage unique

Arnoux pilotait en attaquant. Ses lignes étaient toujours plus tardives au freinage, plus agressives en entrée de courbe que celles de Prost ou Lauda. Sur un tour de qualification, peu pouvaient le suivre : ses 18 pole positions témoignent d’une pointe de vitesse exceptionnelle. En course longue, il manquait parfois de régularité, là où Prost sculptait son monde avec une précision chirurgicale.

Il reste l’un des très rares pilotes à avoir gagné en Renault turbo ET en Ferrari — Prost gagnera aussi dans les deux écuries, mais plus tard. Avec 7 victoires et 149 Grands Prix, Arnoux fait partie des 30 pilotes les plus titrés de l’ère moderne de la F1, loin devant Jabouille, Laffite ou Depailler dans les statistiques brutes.

Pourquoi Arnoux est sous-coté

Trois raisons principales à sa cote de popularité modeste en France. D’abord, la montée de Prost a éclipsé tous ses contemporains français : quand Prost gagne 51 GP et 4 titres, les autres passent inévitablement en arrière-plan. Ensuite, Arnoux parle peu aux médias, à rebours de la mode des années 1980-90. Enfin, son départ houleux de Ferrari en 1985 a laissé un goût d’inachevé, comme si sa carrière avait été saccagée à un moment où elle pouvait encore monter.

Aujourd’hui, Arnoux vit en retrait, à 77 ans, et apparaît occasionnellement lors des événements historiques du GP de Monaco ou à Paul-Ricard. Il reste le symbole d’une F1 où les pilotes attaquaient jusqu’à la faute — une école que Villeneuve et lui ont inventée à Dijon en 1979.

FAQ René Arnoux

Combien de victoires René Arnoux a-t-il en F1 ?

Sept victoires : 4 chez Renault (Brésil 1980, Afrique du Sud 1980, France 1982, Italie 1982) et 3 chez Ferrari en 1983 (Canada, Allemagne, Pays-Bas).

Pourquoi Arnoux a-t-il quitté Renault en 1982 ?

Officiellement pour progresser chez Ferrari, officieusement parce qu’il estimait que Renault priorisait Alain Prost, arrivé en 1981 avec un traitement de premier pilote implicite. Le divorce s’est cristallisé au GP de France 1982, où une consigne d’équipe a été donnée à son désavantage.

Qui est le plus rapide entre Arnoux et Prost ?

Sur un tour de qualification, Arnoux était probablement plus rapide — il signe 18 poles contre 33 pour Prost, mais Prost a couru bien plus longtemps. En course, Prost dominait par sa régularité et son intelligence stratégique.

Que fait René Arnoux aujourd’hui ?

À 77 ans, René Arnoux est retiré de la F1 active. Il apparaît occasionnellement lors d’événements historiques (GP de Monaco Historique, Grand Prix de France Historique au Castellet) et donne parfois des interviews. Il vit en France et reste impliqué dans l’univers collectionneur.

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