Grand Auto

Jean-Pierre Jabouille : l’ingénieur qui a offert à Renault sa première victoire F1

La Rédaction 20 avril 2026 6 min de lecture

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Le 1er juillet 1979, à Dijon-Prenois, une Renault jaune et noire franchit la ligne d’arrivée en tête d’un Grand Prix de Formule 1. C’est la première victoire de la marque française en F1, et surtout la première victoire d’un moteur turbocompressé de l’histoire du championnat du monde. Au volant, un Français de 37 ans au profil atypique : Jean-Pierre Jabouille, ingénieur de formation autant que pilote. Sans lui, le turbo n’aurait probablement pas imposé sa révolution en F1.

Un ingénieur devenu pilote

Né en 1942 à Paris, Jabouille n’a pas le parcours classique du pilote-prodige. Il étudie l’ingénierie à l’École des Arts et Métiers et travaille chez Matra dans les années soixante. C’est là qu’il met le pied à l’étrier : Matra lui confie le développement puis le pilotage de ses prototypes d’endurance. Il gagne le championnat d’Europe de Formule 2 en 1976 au volant d’une Elf 2J à moteur Renault-Gordini V6, la base de ce qui deviendra le programme F1.

Son profil d’ingénieur pilote pèse énormément dans le programme Renault. Il ne se contente pas de conduire la voiture : il la co-développe. Quand Bernard Hanon valide en 1976 le projet d’un moteur V6 turbo 1,5 litre pour concurrencer les V8 atmos de 3 litres, c’est Jabouille que François Castaing et Jean-Pierre Boudy veulent au volant.

Trois saisons de galère avant le coup de tonnerre

La Renault RS01 débute en F1 au GP de Grande-Bretagne 1977. Jabouille est seul au volant de la « théière jaune » — surnom ironique donné par le paddock qui voit la voiture abandonner sur fiabilité quasi à chaque course. Casse moteur, explosion du turbo, surchauffe : en 1977 et 1978, Jabouille enregistre plus d’abandons que de tours bouclés. Le scepticisme est total. Ferrari, McLaren, Lotus considèrent le turbo comme une impasse technique.

Jabouille garde la foi. Il travaille avec Boudy et Castaing sur l’injection électronique, la gestion des intercoolers, la résistance des matériaux. La RS10 de 1979 intègre un double turbocompresseur — une première — qui réduit drastiquement le temps de réponse. Au GP d’Afrique du Sud 1979, Jabouille signe sa première pole position. Trois mois plus tard, à Dijon, il gagne.

Dijon 1979 : la victoire qui a tout changé

Le GP de France 1979 est passé à la postérité surtout pour le duel final entre René Arnoux et Gilles Villeneuve. Mais devant, c’est Jabouille qui trace. Parti en pole, il fait toute la course en tête, impérial. Sa Renault Turbo gagne avec 15 secondes d’avance. Renault devient le premier constructeur à gagner une F1 avec un moteur turbo depuis l’introduction de la règle des 1,5 litres suralimentés en 1966.

La victoire change la F1. Dès 1981, Ferrari monte un turbo. Dès 1983, le turbo gagne le championnat du monde (Nelson Piquet, Brabham-BMW). En 1988, toutes les écuries top ont un turbo. Sans Jabouille qui a tenu dans la galère, la règle de 1966 serait restée une curiosité de règlement.

Une seconde victoire, un grave accident, une seconde carrière

Jabouille gagne à nouveau au GP d’Autriche 1980 sur la RE20, cette fois-ci sans contestation. Mais au GP du Canada 1980, il est victime d’un accident extrêmement violent à Montréal : la Renault encastre un rail, ses jambes sont fracturées en plusieurs endroits. Il ne courra plus que quelques grands prix en 1981 chez Ligier avant de se retirer définitivement du pilotage.

Sa reconversion est naturelle : il devient ingénieur et directeur sportif. Il dirige le programme endurance Peugeot 905 à la fin des années 1980, qui remporte les 24 Heures du Mans en 1992 et 1993. Il finit sa carrière chez Peugeot Sport. Il s’éteint en février 2023, à 80 ans.

Pourquoi Jabouille reste sous-estimé

Deux victoires en F1, ce n’est pas un palmarès qui impressionne. Comparé à Laffite (6 victoires), Prost (51), Alesi (1), Jabouille paraît anecdotique. Sauf que son vrai palmarès n’est pas dans les statistiques de courses : c’est dans l’imposition du turbo comme standard F1. Sans les trois saisons de galère qu’il a tenues bon, Renault aurait probablement abandonné le projet en 1978. Tout ce qui a suivi — les titres BMW-Brabham, McLaren-Honda, la domination turbo des années 1980 — descend en ligne directe de sa ténacité.

FAQ Jean-Pierre Jabouille

Combien de victoires Jean-Pierre Jabouille a-t-il en F1 ?

Deux victoires : GP de France 1979 à Dijon et GP d’Autriche 1980 au Österreichring, les deux au volant de la Renault Turbo.

Qui était au volant de la première F1 turbo victorieuse ?

Jean-Pierre Jabouille, sur Renault RS10 à moteur V6 turbo 1,5 litre, au GP de France 1979 à Dijon-Prenois le 1er juillet 1979.

Pourquoi Jabouille a-t-il arrêté sa carrière de pilote ?

À cause d’un accident très grave au GP du Canada 1980 à Montréal, qui lui a brisé les deux jambes. Après quelques courses de rentrée avec Ligier en 1981, il a arrêté la F1 pour une seconde carrière d’ingénieur et directeur sportif, notamment chez Peugeot Sport sur le programme 905.

Quel lien entre Jabouille et Alain Prost ?

Jabouille a ouvert la voie chez Renault F1 ; Prost y entre en 1981 et en hérite l’écurie technique construite par Castaing et Boudy autour du V6 turbo. Sans la persévérance de Jabouille entre 1977 et 1979, Prost n’aurait probablement pas eu cette plateforme française à son arrivée.

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