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Entre Wimille (mort en 1949) et Jean-Pierre Beltoise (premier à gagner en F1 en 1972), un seul pilote français a inscrit son nom au palmarès de la Formule 1 mondiale : Maurice Trintignant. Et pas sur un circuit secondaire : à Monaco, deux fois, en 1955 et 1958. Pourtant, ce viticulteur vauclusien au physique de patriarche a été totalement effacé de la mémoire populaire, écrasé par la génération Prost-Arnoux-Jabouille des années 1970-80. Ce portrait répare une injustice.
Un viticulteur au volant
Né en 1917 à Sainte-Cécile-les-Vignes (Vaucluse), Maurice Trintignant est l’un des cinq fils d’une famille de vignerons. Son frère Louis Trintignant est déjà pilote dans les années 1920-30, mort en course à Péronne en 1933. Maurice reprend le flambeau dès 1938 mais sa vraie carrière commence après la Seconde Guerre mondiale. Il est le grand-oncle de l’acteur Jean-Louis Trintignant, lien familial rarement rappelé.
En 1948, il remporte sa première course à Pau sur Amilcar. Mais c’est un souvenir sombre qui reste associé à ses débuts : le surnom « Petoulet » lui vient d’un accident où sa voiture avait été envahie par des excréments de rat ayant rendu son carburateur défaillant. Le surnom lui collera toute sa carrière.
Monaco 1955 : la première victoire française de l’après-guerre
Le GP de Monaco 1955 est une course chaotique. Fangio, Moss et Ascari dominent en début d’épreuve. Ascari plonge dans le port au 81e tour — il mourra quelques jours plus tard à Monza. Fangio et Moss abandonnent sur casse moteur. Trintignant, qui roulait calmement en troisième position sur Ferrari 625, hérite de la victoire. Il l’emporte devant Castellotti et Perdisa. C’est la première victoire française en F1 depuis la création du championnat du monde en 1950, neuf ans après la mort de Wimille.
Trois ans plus tard, Trintignant récidive à Monaco en 1958 sur une Cooper-Climax du Rob Walker Racing. Cette fois, c’est un exploit technique : il est le premier à gagner un GP de F1 au volant d’une voiture à moteur arrière en pleine saison, prolongeant la révolution lancée par Moss en Argentine la même année. Le moteur arrière va transformer la F1 en moins de trois ans. Trintignant en est l’un des premiers porte-drapeaux.
Un palmarès atypique
En 14 saisons de F1 (1950-1964), Trintignant dispute 82 Grands Prix, un volume énorme pour l’époque. Son palmarès : 2 victoires, 1 pole position, 1 meilleur tour, 8 podiums. Il a également gagné les 24 Heures du Mans 1954 avec Froilán González sur Ferrari 375 Plus. Un palmarès plus riche que ceux de Jabouille ou Arnoux quand on intègre l’endurance.
Son particularisme : avoir couru pour pratiquement toutes les grandes écuries du plateau — Gordini, Ferrari, Maserati, Vanwall, Cooper, BRM, Aston Martin, Lotus, Lola. Un nomadisme qui traduit autant son amour de la course que son refus d’être exclusif à une marque, attitude rare à une époque où les contrats engageaient souvent pour plusieurs saisons.
Une seconde vie politique et viticole
Trintignant arrête la F1 en 1964, à 47 ans. Il retourne à Sainte-Cécile-les-Vignes pour s’occuper du vignoble familial qui produit des Côtes-du-Rhône. Il devient maire de la commune de 1959 à 1989, soit trente ans de mandat ! Une longévité impressionnante qui le rend plus connu localement pour son action municipale que pour ses victoires à Monaco.
Il s’éteint en 2005 à 87 ans, après une longue vie où la course n’aura été qu’un des multiples chapitres. Ses vignes sont aujourd’hui encore exploitées par sa famille. Les habitants de Sainte-Cécile entretiennent sa mémoire : un circuit de karting proche porte son nom, et une exposition annuelle lui rend hommage.
Pourquoi Trintignant a été oublié
La mémoire collective française de la F1 commence avec Beltoise, Cevert, Depailler, puis explose avec Prost. Les années 1950 sont perçues comme une préhistoire dominée par Fangio et les Italiens. Trintignant, qui ne communiquait pas dans les médias, qui ne s’est pas appuyé sur l’image d’un héros tragique comme Wimille, n’avait aucune accroche dans le récit populaire. De plus, ses deux victoires à Monaco ont été obtenues par une combinaison de régularité et de chance — pas de faits d’armes éclatants comme les duels roues-contre-roues qui fabriquent les légendes.
Le fait est pourtant là : entre 1949 et 1972, un seul pilote français a gagné en F1 mondiale. Ce pilote s’appelait Maurice Trintignant. Le fait seul mérite un chapitre dans l’histoire française du sport automobile.
FAQ Maurice Trintignant
Combien de victoires Maurice Trintignant a-t-il en F1 ?
Deux victoires en F1 : GP de Monaco 1955 sur Ferrari 625, et GP de Monaco 1958 sur Cooper-Climax. Il est le seul pilote français à avoir gagné en F1 mondiale entre Wimille (1949) et Beltoise (1972).
Maurice Trintignant a-t-il gagné les 24 Heures du Mans ?
Oui, en 1954, associé à José Froilán González sur Ferrari 375 Plus. Il a aussi terminé 2e et 3e à plusieurs reprises au Mans entre 1950 et 1964.
Pourquoi surnommait-on Trintignant « Petoulet » ?
À cause d’un incident mécanique en début de carrière où un rat avait envahi son carburateur avec ses déjections (« pétouilles » en provençal). Le surnom lui est resté toute sa vie, porté avec humour par lui-même.
Quel lien entre Maurice et Jean-Louis Trintignant ?
Maurice Trintignant était le grand-oncle de l’acteur Jean-Louis Trintignant. L’acteur a hérité d’une passion pour l’automobile transmise par son oncle et a couru en course automobile amateur dans les années 1960.



